Le Séisme du 18 Dhul-Hijjah : Quand le Sang Tacha le Coran
L’histoire de l’Islam, dans sa dimension politique et sociale, a connu son point de bascule le plus tragique lors d’une journée étouffante à Médine, en l’an 35 de l’Hégire. Ce n’était pas une simple révolte de palais, mais une fracture métaphysique. L’assassinat du troisième Calife Bien-Guidé, Othman ibn Affan (رضي الله عنه), alors qu’il lisait tranquillement le Livre d’Allah dans sa demeure assiégée, a brisé un tabou sacré : celui de l’inviolabilité du sang musulman au cœur même de la cité du Prophète (ﷺ).
Ce crime n'était pas le fruit du hasard. Il était l’aboutissement d’une sédition rampante (la Fitna) alimentée par des agitateurs venus de Koufa, de Bassora et d'Égypte. Ces hommes ne cherchaient pas la réforme, mais le chaos. En s’en prenant à l'homme aux « Deux Lumières » (Dhul-Nurayn), ils ont ouvert une porte que nul ne pourrait refermer. C’est dans ce chaos fumant, avec des insurgés patrouillant encore dans les rues de Médine, qu’Ali ibn Abi Talib (رضي الله عنه) fut appelé à prendre les rênes d’un empire qui menaçait de s’effondrer.
L’Allégeance au Milieu des Ruines : Un Choix de Nécessité
Pour comprendre Ali, il faut évacuer les récits romantiques et partisans. Ali n’a pas "conquis" le pouvoir. Il l’a accepté comme un fardeau, presque sous la contrainte des circonstances. Alors que Médine était orpheline de son leader, les Sahaba restants ont vu en lui le seul rempart contre l'anarchie totale. Le "Lion d'Allah" ne cherchait pas le trône ; il cherchait à préserver la structure de la Oumma.
Son investiture ne fut pas un couronnement, mais une mission de sauvetage. Cependant, Ali héritait d'un dilemme insoluble : comment restaurer l'ordre quand les meurtriers du précédent Calife faisaient partie intégrante des régiments qui l'avaient soutenu ? Sa décision de différer le Qisas (la justice pour Othman) n'était pas une faiblesse, mais une sagesse politique suprême. Frapper les rebelles immédiatement au cœur de Médine aurait déclenché un massacre civil immédiat.
Déconstruction des Mythes « Rafidites » : La Vérité sur l'Imamat
Ici, il est impératif pour nous, sur https://www.google.com/search?q=storydz.com, de rétablir les faits face aux distorsions sectaires qui polluent souvent l'histoire d'Ali en français :
Le Mythe du Testament Secret (Al-Wasiyya) : Les extrémistes prétendent qu'Ali avait un droit divin préétabli et que les trois premiers Califes étaient des usurpateurs. Si tel était le cas, pourquoi Ali aurait-il prêté allégeance à Abu Bakr, Omar et Othman ? Pourquoi aurait-il été leur conseiller le plus proche ? Ali était un homme d'honneur ; s'il avait cru à un droit divin exclusif, il se serait battu dès le premier jour. Son allégeance prouve sa reconnaissance de la légitimité de ses prédécesseurs.
L’Infaillibilité contre le Droit : Présenter Ali comme un être infaillible (Ma’sum) doté d'une science occulte est une insulte à son humanité et à sa piété. Ali était un savant du droit (Faqih), un juge équitable et un stratège. Ses décisions à Médine étaient basées sur l'Ijtihad (l'effort de réflexion) et non sur une révélation mystique cachée. En faire un demi-dieu, c’est le sortir du cadre de l’Islam pur pour entrer dans le paganisme déguisé.
La Relation avec Othman : Les narrations extrémistes tentent de créer une inimitié entre Ali et Othman. La réalité historique est qu'Ali a envoyé ses propres fils, Al-Hassan et Al-Hussein, pour monter la garde devant la porte d'Othman. Il a risqué la vie de ses enfants pour protéger le Calife. Est-ce là l'acte d'un homme qui considérait Othman comme un ennemi ? Absolument pas.
La Stratégie d’Ali : Stabiliser avant de Juger
Le génie politique d'Ali ibn Abi Talib résidait dans sa vision à long terme. Il comprenait que l'empire islamique était devenu trop vaste pour être dirigé par la seule force émotionnelle. Les provinces étaient en ébullition. En Syrie, Muawiyah exigeait justice ; en Irak, les factions se multipliaient.
Ali a pris la décision courageuse de révoquer certains gouverneurs pour assainir l'administration. Ce fut un acte de bravoure administrative, mais qui a cristallisé les oppositions. Pour Ali, la légitimité du Calife devait être absolue avant de pouvoir appliquer la loi du talion. Malheureusement, cette nuance fut mal interprétée par ceux qui, dans leur douleur légitime pour Othman, ne voyaient que l'urgence du sang versé.
L’Agitation de la « Sabai'yya » : Le Cancer Interne
Derrière les mouvements de foule, une ombre plus sinistre planait : celle d'Abdullah ibn Saba. Ce personnage, souvent minimisé par les historiens modernes, représente l'étincelle de l'extrémisme. Lui et ses partisans ont commencé à diviniser Ali de son vivant, une hérésie qu'Ali lui-même a combattue avec la plus grande fermeté, allant jusqu'à condamner certains d'entre eux au feu.
Cette "cinquième colonne" travaillait activement à empêcher toute réconciliation entre Ali et les autres Sahaba. Chaque fois qu'une solution de paix semblait émerger, ces agitateurs provoquaient un incident pour relancer les hostilités. Ils sont les véritables responsables de la perte de contrôle de la situation à Médine.
Conclusion de la Partie I : Le Poids du Destin
Ce premier chapitre de notre série nous montre un Ali ibn Abi Talib solitaire dans sa grandeur. Entouré de rebelles qu'il méprisait, contesté par des compagnons qu'il aimait, il est resté debout comme un phare dans la tempête. Son califat commençait sous les pires auspices, non par sa faute, mais parce que la Fitna avait empoisonné les cœurs.
Ali n'était pas le Calife d'une faction ; il était le Calife de l'Islam, tentant désespérément de maintenir le navire à flot alors que les vagues de la sédition le frappaient de toutes parts. Son voyage ne faisait que commencer, et les plaines de Bassora et de Siffin l'attendaient déjà, porteuses de nouveaux défis et de larmes encore non versées.
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