التخطي إلى المحتوى الرئيسي

مميزة

​Le Dernier Rempart : L’Épopée du Sultan Abdülhamid II et le Destin de l’Empire

L’année 1876 marque un tournant vertigineux dans l’histoire de l’Orient. Alors que l’Europe s’enivre de sa révolution industrielle et de ses ambitions coloniales, l’Empire ottoman, surnommé avec mépris « l'homme malade de l'Europe », semble vivre ses derniers instants. C'est dans ce climat de banqueroute financière et de trahisons politiques qu'un homme au regard profond et à la volonté de fer monte sur le trône : Abdülhamid II . ​Pendant trente-trois ans, ce souverain énigmatique va mener une lutte acharnée pour retarder l'inéluctable et préserver l'intégrité d'un empire s'étendant sur trois continents. ​1. L’Ascension d’un Prince de l’Ombre ​Abdülhamid n'était pas le premier dans l'ordre de succession. Ayant grandi loin des fastes bruyants du palais de Dolmabahçe, il a cultivé une discipline de vie austère et une passion pour la menuiserie fine. Ce goût pour la précision et l'assemblage de pièces complexes allait devenir la métaphore de ...

​Le Crépuscule du Calife : Le Récit du Martyre d’Othman ibn Affan

L’histoire de l’Islam est jalonnée de moments de lumière intense, mais aussi de tragédies qui ont altéré le cours des siècles. Parmi ces épisodes, le meurtre d’Othman ibn Affan, le troisième Calife de l’Islam, reste l’une des pages les plus sombres et les plus bouleversantes. Ce n’est pas seulement le récit d’une chute politique, mais celui d’une piété inébranlable face à la fureur aveugle.

Une foule de rebelles attaquant la porte de la demeure du Calife Othman ibn Affan pendant la Fitna

​I. L’Homme à la Lumière Double : Un Portrait de Paix

​Pour comprendre la tragédie, il faut d’abord comprendre l’homme. Othman n’était pas un conquérant impétueux comme Omar, ni un guerrier léonin comme Ali. Il était "Dhul-Nurayn" (L’homme aux deux lumières), celui qui avait épousé successivement deux filles du Prophète Muhammad (PSDL).

​Sa nature était marquée par une pudeur légendaire. Le Prophète disait de lui : « Ne devrais-je pas être pudique envers un homme devant lequel les anges eux-mêmes éprouvent de la pudeur ? » Riche commerçant, il avait mis toute sa fortune au service de la jeune communauté musulmane, achetant le puits de Ruma pour étancher la soif de Médine et finançant l’armée de l’adversité.

​Pourtant, c’est cette même douceur qui allait être mise à l’épreuve par les vents de la discorde (la Fitna).

​II. Les Racines de la Discorde : Une Tempête Lointaine

​Le califat d’Othman dura douze ans. Les six premières années furent marquées par une expansion sans précédent et une prospérité économique. Cependant, la seconde moitié de son règne vit apparaître des fissures dans l’unité de l’Empire.

​Plusieurs facteurs ont alimenté ce mécontentement :

  • L’administration : On l’accusait de favoriser les membres de sa famille (les Omeyyades) pour les postes de gouverneurs.
  • Les réformes économiques : La gestion des butins de guerre et des terres conquises créait des tensions entre les nouvelles élites et les anciens compagnons.
  • La standardisation du Coran : Bien que cet acte soit aujourd'hui considéré comme son plus grand héritage pour l'unité de l'Islam, à l'époque, certains groupes y virent une ingérence religieuse insupportable.

​Des agitateurs, dont le plus célèbre était Abdallah ibn Saba, commencèrent à parcourir les provinces (Égypte, Koufa, Bassorah) pour semer les graines de la rébellion. Ils dépeignaient Othman comme un vieillard affaibli, incapable de tenir les rênes du pouvoir.

​III. Le Siège de Médine : L'Honneur contre l'Épée

​En l'an 35 de l'Hégire, des groupes de rebelles venus d'Égypte et d'Irak marchèrent sur Médine sous prétexte d'effectuer le pèlerinage. Très vite, leurs véritables intentions devinrent claires : ils exigeaient la démission d'Othman ou sa mort.

​Le Calife, alors âgé de plus de 80 ans, se retrouva piégé dans sa propre demeure. Malgré la menace, il refusa catégoriquement de verser le sang des musulmans pour sauver sa propre vie. Ses compagnons, dont les fils de Ali (Hassan et Hussein) et d'autres jeunes de Médine, s'étaient postés devant sa porte pour le défendre.

​Othman leur ordonna de rengainer leurs épées. Il dit :

"Je demande à quiconque me doit obéissance de ne pas combattre pour moi."


​Il ne voulait pas être le premier Calife à inaugurer l'ère où les musulmans s'entretueraient. Il préféra le sacrifice personnel à la guerre civile.

​IV. Les Derniers Jours : Le Jeûne et le Livre

​Pendant quarante jours, les rebelles assiégèrent sa maison, lui coupant même l'accès à l'eau potable. Othman, l'homme qui avait autrefois acheté un puits pour les musulmans, se retrouvait assoiffé dans sa propre ville.

​Malgré la faim, la soif et l'insulte, il restait serein. La veille de son martyre, il fit un rêve. Il vit le Prophète Muhammad (PSDL) lui dire : « Ô Othman, romps ton jeûne avec nous ce soir. » En se réveillant, il comprit que son heure était venue. Il s'habilla avec soin, se parfuma et s'assit pour lire le Coran, attendant le destin décrété par Dieu.

​V. Le Crime : Le Sang sur les Pages

​Le 18 du mois de Dhul-Hijjah, alors que la plupart des habitants de Médine étaient au pèlerinage à La Mecque, les rebelles décidèrent d'en finir. Craignant l'arrivée de renforts, ils escaladèrent les murs de sa maison par l'arrière, contournant la garde postée à l'entrée.

​Othman était en train de réciter le Coran. Sa femme, Naïla, tenta désespérément de le protéger, perdant ses doigts sous le tranchant d'une épée. Le premier coup tomba, puis d'autres suivirent.

​Le sang du Calife jaillit et vint éclabousser les pages du Coran qu'il tenait. On raconte que les gouttes de sang tombèrent précisément sur le verset :

« Dieu te suffira contre eux, car Il est Celui qui entend tout, l'Omniscient. » (Sourate Al-Baqara, 137).

​L'homme qui avait tout donné pour l'Islam rendit son dernier soupir sous les lames de ceux qui prétendaient le réformer.

​VI. Les Conséquences : Une Blessure Jamais Refermée

​Le meurtre d'Othman fut un choc sismique pour le monde islamique. Ce n'était pas seulement la mort d'un chef, c'était la fin de l'innocence.

  1. La Grande Discorde (Al-Fitna al-Kubra) : Sa mort déclencha une chaîne d'événements tragiques, menant aux batailles du Chameau et de Siffin entre les partisans de Ali et ceux qui réclamaient justice pour Othman (menés par Muawiya).
  2. La fragmentation : Les racines des divisions sectaires qui marquent encore le monde musulman aujourd'hui trouvent leur origine dans les suites immédiates de ce meurtre.
  3. L'héritage moral : Othman reste le symbole de la patience (Sabr) et de la non-violence face à l'oppression intérieure. Son sacrifice est vu comme un acte d'amour pour la communauté, préférant mourir seul plutôt que de voir Médine devenir un champ de bataille.

​VII. Conclusion : Une Leçon de Dignité

​L'histoire de la mort d'Othman ibn Affan est plus qu'un simple récit historique. C'est une méditation sur la fragilité de l'ordre social et la force de la foi personnelle. Dans ses derniers instants, il n'a pas cherché à mobiliser des armées, mais à se rapprocher de son Créateur à travers la parole divine.

​Aujourd'hui, quand on visite le cimetière d'Al-Baqi à Médine, la tombe d'Othman, bien que simple et sans ornement, dégage une aura de paix qui contraste violemment avec la brutalité de sa fin. Il demeure, pour des milliards de personnes, le "Calife Martyr", celui dont le sang a témoigné de sa loyauté envers le Livre qu'il avait lui-même préservé pour l'éternité.


تعليقات

المشاركات الشائعة